Posté le 17 septembre 2026   |   Communiqué

L’ISLAMOPHOBIE N’EST PAS UN ANGLE MORT MAIS UNE RÉALITÉ POLITIQUE.

Violences, discriminations, libertés publiques et évolution du cadre institutionnel à l'encontre des musulmans. Vingt ans de restrictions : comprendre, mesurer, agir

L’islamophobie occupe une place singulière dans le débat français. Avant même d’en mesurer l’ampleur, on débat encore de son existence. Avant d’étudier les discriminations, les agressions ou les politiques publiques, on discute du mot utilisé pour les désigner. Ce rapport choisit une autre méthode.

Partir des faits. Examiner les chiffres disponibles. Étudier les textes de loi. Observer les pouvoirs confiés à l’administration. Analyser les décisions de justice lorsqu’elles existent. Identifier les propositions qui cherchent aujourd’hui à étendre certaines restrictions. Et seulement ensuite formuler un diagnostic politique.

Cette méthode est indispensable parce que le sujet est trop grave pour être traité par slogans.

SYNTHÈSE : CINQ CONSTATS

Le premier est statistique : les actes antimusulmans recensés par le ministère de l’Intérieur ont augmenté de 88 % en 2025, pour atteindre 326 faits. Ils représentent 13 % des actes antireligieux recensés cette année-là et sont constitués à 64 % d’agressions physiques, verbales ou de haine en ligne. Le ministère précise que ce recensement permet d'établir une tendance générale sans constituer une « statistique institutionnelle ».

Le deuxième est humain. L’année 2025 a notamment été marquée par les assassinats d’Aboubakar Cissé dans le Gard et d’Hichem Miraoui dans le Var, que le ministère mentionne explicitement dans son bilan des actes antimusulmans.

Le troisième est juridique. Depuis 2004, plusieurs textes ont modifié le cadre applicable à la manifestation religieuse, à l’école, dans l’espace public, aux associations et aux lieux de culte. La loi de 2004 interdit notamment les signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse dans les établissements scolaires publics ; celle de 2010 interdit la dissimulation du visage dans l’espace public ; celle de 2021 a notamment renforcé différents instruments concernant associations et cultes.

Le quatrième concerne les conséquances des mesures administratives : fermetures temporaires de lieux de culte sous les conditions prévues par la loi, gels d’avoirs, contrôles et obligations applicables aux associations. Ces mécanismes comportent des garanties et des voies de recours qu'un rapport crédible doit également documenter.

Enfin, le cinquième est politique : les controverses relatives au voile, aux mineures, au sport, aux accompagnatrices scolaires ou à d’autres espaces montrent que la question du périmètre de la manifestation religieuse reste ouverte.

C'est l'accumulation de ces évolutions que l'UDMF entend interroger.

DÉFINIR AVANT DE DÉNONCER

Que désigne l'islamophobie ?

Le terme islamophobie est controversé dans le contexte français. Le rapport doit donc commencer par dire exactement ce qu'il entend mesurer.

Cette définition doit être distinguée de la critique d'une religion. Critiquer l'islam n'est pas discriminer, attaquer, tuer un musulman. Critiquer l'islam n'est pas profaner des lieux de cultes musulmans.

Contester une doctrine religieuse, une pratique ou un dogme relève de la liberté d'expression dans les limites fixées par le droit.

En revanche, agresser une personne, lui refuser illégalement un droit ou la traiter défavorablement parce qu'elle est musulmane ou perçue comme telle relève d'une autre réalité.

Que signifie « islamophobie institutionnelle » dans ce rapport ?

L'UDMF utilise cette expression pour désigner les politiques publiques, lorsqu'elles sont considérées dans leur accumulation et que leurs effets produisent une restriction disproportionnée des libertés des citoyens musulmans.

Existe-t-il, lorsqu'on observe vingt années de législation et de controverses politiques, une dynamique durable d'extension des restrictions affectant particulièrement la visibilité et l'organisation de l'islam ? La réponse s'impose d'elle-même.

Le terme islamophobie n'est donc pas un délit d'opinion, ni une peur irraisonnée, pas plus qu'une critique objective ou une accumulation de préjugés à l'encontre des musulmans. Il désigne plutôt un véritable projet et programme politique destiné à affaiblir, marginaliser et invisibiliser la communauté musulmane dans son ensemble en s'attaquant à ses droits et libertés constitutionnels, ses représentants, ses lieux, ses structures, ses livres, ses écoles et ses modes de financement.

MESURER : CE QUE DISENT LES CHIFFRES

2025 : une hausse de 88 %

C'est le chiffre qui doit ouvrir le constat. Selon le ministère de l'Intérieur : 326 actes antimusulmans en 2025. +88 % en un an

Ils représentent 13 % des actes antireligieux recensés en France et 64 % sont constitués d'agressions physiques, verbales ou de haine en ligne. Ces chiffres montrent clairement une progression extrêmement inquiétante des actes antimusulmans.

DERRIÈRE LES CHIFFRES, DES VICTIMES

Aboubakar Cissé : un nom derrière la statistique

Le 25 avril 2025, Aboubakar Cissé est tué dans la mosquée Khadidja de La Grand-Combe, dans le Gard. Le ministère de l'Intérieur mentionne officiellement ces deux assassinats dans son bilan des actes antimusulmans de 2025.

2004 : UN TOURNANT DANS LE RAPPORT ENTRE LAÏCITÉ ET VISIBILITÉ RELIGIEUSE

Qu'est-ce que dit réellement la loi ?

La loi du 15 mars 2004 a créé l'article L.141-5-1 du Code de l'éducation. Celui-ci dispose que, dans les écoles, collèges et lycées publics, le port de signes ou tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. Le même article prévoit qu'une procédure disciplinaire doit être précédée d'un dialogue avec l'élève.

Juridiquement, le texte concerne toutes les religions. Politiquement, son adoption est indissociable du long débat français sur le foulard islamique. C'est précisément cette distinction entre portée juridique générale et contexte politique que nous voulons mettre l'accent.

Le diagnostic de l'UDMF

Pour l'UDMF, 2004 constitue un tournant. Nous considèrons que la loi a étendu une logique de restriction de la manifestation religieuse aux élèves eux-mêmes et estime qu'elle a particulièrement affecté certaines jeunes filles musulmanes. Voilà pourquoi nous demandons son abrogation.

Depuis, à chaque nouvelle rentrée scolaire, les établissements français se transforment en un régime de surveillance généralisé pour traquer toutes tenues jugées un peu trop islamiques. C'est une véritable police vestimentaire !

2010 : DE L’ÉCOLE À L’ESPACE PUBLIC, LA FRONTIÈRE SE DÉPLACE

Six ans après la loi de 2004 intervient la loi du 11 octobre 2010.

Cette fois, il ne s’agit plus de l’école mais de l’espace public.

Cette fois encore, les femmes ciblées par les controles de polices, sont celles qui sont flaguées comme "musulmanes". Une femme occidentale dissimulant son visage avec bandana, casquette et masque chirurgical ne sera jamais inquiétée. Voici donc clairement le caractère islamophobe de cette nouvelle étape.

En six ans, le débat est passé de la manifestation religieuse dans l'établissement scolaire à une interdiction applicable dans l'espace public.

Pour nous, cette succession constitue un premier indice d'un déplacement progressif de la frontière.

Au cours de la décennie suivante, un changement plus profond encore intervient. L’islam n'est plus seulement abordé dans le débat politique à travers la laïcité, le voile ou la visibilité religieuse mais à travers la sécurité, la radicalisation, le terrorisme et le séparatisme.

2021 : DU RELIGIEUX AU SÉCURITAIRE

C'est dans ce contexte ultra sécuritaire, qu'intervient en 2021, un autre basculement. Sous Macron, la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République est voté.

La loi instaure notamment le contrat d’engagement républicain pour les associations musulmanes sollicitant certaines subventions ou certains agréments. C'est une mise sous tutuel du culte musulman. Cette loi renforce également les obligations et contrôles concernant les associations cultuelles.

Associations, cultes, éducation, instruction en famille, financements, services publics, contrôles administratifs, son champ est considérable.

Cette loi ne se focalise plus seulement sur l'interdiction vestimentaire des musulmans, mais met en place une accumulation d'instruments administratifs capables d'affecter profondément la vie d'une association, d'un établissement, d'un lieu de culte ou d'une personne.

Plus d'un quinquenat plus tard, les données sur les conséquences de cette lois doit nous interroger. Combien de fermetures ont été prononcées ? Combien ont été contestées ? Combien ont été confirmées par les juridictions ? Combien ont été suspendues ou annulées ? Combien d'associations ont été dissoutes ? Combien de décisions ont finalement été jugées insuffisamment fondées ? La puissance publique doit pouvoir rendre compte de l’usage qu’elle fait de pouvoirs aussi importants.

GEL DES AVOIRS

Trois mots administratifs qui peuvent sembler abstraits et qui ciblent exclusivement les acteurs de la communauté musulmane. Ils ne le sont absolument pas pour celui qui en fait l’objet. Le dispositif français permet, dans les conditions prévues par le Code monétaire et financier, de geler les fonds et ressources économiques d’une personne visée par une mesure nationale prise dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L'administration fiscale impose aux organismes financiers concernés de détecter les opérations au bénéfice ou à la demande d'une personne désignée afin d'en suspendre immédiatement l'exécution.

Imagine-t-on réellement ce que cela représente dans la vie quotidienne ? Payer son loyer. Faire ses courses. Assumer les dépenses de sa famille. Payer un avocat. Continuer à faire fonctionner une structure. Quand l’argent devient indisponible, toute la vie quotidienne peut être bouleversée.

UNE FRONTIÈRE QUI RECULE À CHAQUE NOUVELLE CONTROVERSE

Et pourtant, après 2004, 2010 et 2021, le débat ne s’arrête toujours pas. De nouvelles restrictions concernant notamment le voile dans le sport, les mineures, les accompagnatrices scolaires, l'université ou l'espace public continuent d'apparaître dans le débat politique.

où sera placée la prochaine frontière ? Hier l’école puis dans certaines professions avant d'arriver dans l'espace public.

Aujourd’hui le débat porte sur d’autres espaces ou catégories de personnes. Et demain ?

C'est cette dynamique que l'UDMF qualifie politiquement de mécanique d'extension. Chaque nouvelle controverse déplace le périmètre de ce qu'il devient envisageable d'interdire. Nous refusons cette logique.

Nous refusons qu'une femme musulmane soit condamnée à se demander, à chaque nouveau débat politique, dans quel nouvel espace sa tenue deviendra le prochain problème national.

Nous refusons surtout que la liberté soit progressivement inversée : que le citoyen doive constamment démontrer pourquoi il devrait être autorisé à exercer une liberté au lieu que l'État démontre pourquoi il serait indispensable de la restreindre.

CONCLUSION : VINGT ANS APRÈS 2004, QUELLE SOCIÉTÉ VOULONS-NOUS ?

Ce rapport a commencé par des chiffres. Il doit se terminer par une question politique

L'augmentation des actes antimusulmans constatée en 2025 et les signalements recueillis par les associations imposent de prendre au sérieux les violences et discriminations visant les musulmans.

Prises séparément, les séquences qui ont aboutis aux lois de 2004, de 2010, de 2021 ont chacune leur histoire, leur justification juridique, leurs défenseurs et leurs opposants. Mises bout à bout, elles conduisent l'UDMF à poser une question différente.

JUSQU’OÙ ?

Jusqu'où voulons-nous réglementer la manière dont une citoyenne s'habille ? Jusqu'où voulons-nous étendre les obligations de neutralité au-delà de l'État et de ses agents ? Jusqu'où pouvons-nous renforcer les pouvoirs administratifs sans renforcer simultanément les garanties offertes aux citoyens ? Jusqu'où peut-on laisser la visibilité d'une religion devenir un objet permanent de confrontation électorale ?

Notre positionnement tient en une phrase :

" Le musulman est devenu un argument électoral et un problème politique nécessite une réponse politique ! "