Posté le 17 septembre 2026   |   Communiqué

L’ISLAMOPHOBIE N’EST PAS UN ANGLE MORT MAIS UNE RÉALITÉ POLITIQUE.

Pendant des années, le débat français s’est enfermé dans une querelle presque surréaliste : " Peut-on prononcer le mot “islamophobie” en France ? "

Pendant que certains contestaient le terme, les faits, eux, s’accumulent.

Des femmes musulmanes écartées de certains espaces en raison de leur voile. Des élèves exclues de l’école publique en raison de leur tenue. Des associations musulmanes dissoutes pour des raisons falacieuses. Des mosquées fermées administrativement. Des établissements scolaires confessionnels contrôlées de façon abusives, leurs contrats avec l'Etat arrêtés, leurs subventions confisquées. Des responsables associatifs font aujourd'hui l’objet de mesures de gel de leurs avoirs par l'administration fiscale.

Année après année, de nouvelles propositions sont débattues pour étendre encore davantage les restrictions : criminalisation du voile à l’université, pour les accompagnatrices scolaires, les mineures, les sportives, partout dans l'espace public et jusqu'à l'idée d'un Guatanamo à la Française.

Ce rapport part donc d’un principe claire. Il ne suffit plus de compter les actes islamophobes lorsque le mal est fait. Il faut aussi interroger le contexte politique, juridique et institutionnel dans lequel ils surviennent.

L’islamophobie ne peut être réduite à une opinion, à des insultes, aux agressions ou aux profanations de mosquées. Dans son acception politique, elle désigne tous ces discours, propositions et dispositifs qui ont pour effet de restreindre spécifiquement l’expression religieuse, la visibilité ou l’organisation collective des musulmans. Ce dispositif, permet de légaliser un racisme clairement dirigé contre les musulmans.

C’est précisément cette dimension que nous voulons mettre au centre du débat.

L'islamophobie est donc un projet politique structuré qui a pour objectif d'affaiblir, d'invisibiliser et de marginaliser toute une communauté spécifique.

Ces mesures ne doivent pas être examinées séparément, comme une succession de controverses indépendantes. Elles doivent être étudiées ensemble : leurs origines, leurs justifications, leurs effets concrets sur les libertés publiques et leur accumulation depuis plus de vingt ans.

Ce rapport ne se contente pas seulement de révéler combien d’actes antimusulmans ont été commis. Il pose une question plus dérangeante. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Et surtout, jusqu’où sommes-nous prêts à laisser reculer les libertés avant de considérer que ce qui touche aujourd’hui les musulmans concerne en réalité l’État de droit tout entier ?

PARTIE I : LES CHIFFRES, UNE ALERTE QUE L’ON NE PEUT PLUS MINIMISER

En 2025 : +88 % d’actes antimusulmans selon le ministère de l’Intérieur.

Avant même d'examiner les chiffres produits par les organismes spécialisés comme le CCIE, arrêtons-nous sur ceux de l'État. Ils suffisent à mesurer la gravité de la situation.

Selon le bilan publié par le ministère de l’Intérieur, 326 actes antimusulmans ont été recensés en France en 2025. C’est une augmentation de 88 % par rapport à 2024. Presque un doublement en une seule année.

Les actes antimusulmans représentent désormais 13 % des actes antireligieux recensés par le ministère. Plus préoccupant encore, 64 % sont constitués d’agressions physiques, verbales ou de haine en ligne.

Derrière ces statistique, il y a des femmes insultées parce qu’elles portent un foulard, des hommes agressés parce qu’ils sont identifiés comme musulman, des mosquées visées, une menace, une violence physique, des vies détruites et parfois des morts.

Aboubakar Cissé, poignardé par une quarantaine de coups de couteaux dans une mosquée en pleine adoration

Le 25 avril 2025, Aboubakar Cissé, jeune fidèle malien, est tué dans la mosquée Khadidja de La Grand-Combe, dans le Gard. Il était venu prier.

Selon les éléments rapportés au cours de l’enquête, son agresseur l’a rejoint dans la salle de prière avant de lui porter une quarantaine de coups de couteau, puis de filmer la victime agonisante. Une information judiciaire a notamment été ouverte pour meurtre avec préméditation et avec la circonstance liée à la race ou à la religion.

Son nom ne doit pas disparaître derrière une colonne de statistiques. Aboubakar Cissé avait un visage. Une famille. Une histoire. Une religion. Il était entré dans une mosquée pour prier. Il n’en est jamais ressorti vivant.

Le bilan officiel de 2025 mentionne également un deuxième assassinat ayant marqué cette année d'actes antimusulmans, celui d’Hichem Miraoui dans le Var et ces chiffres officiels ne racontent qu’une partie de la réalité car seulement 3,5 % des victimes d’atteintes à caractère raciste déclarent porter plainte.

Comptabiliser les agressions ne suffit donc pas à quantifier cette réalité. Il faut également étudier les décisions publiques, les textes de loi, les pratiques administratives et les discours politiques qui, depuis plus de vingt ans, ont criminalisé la visibilité des musulmans au cœur du débat politique français.

La loi du 15 mars 2004 n’a pas clos une controverse mais a ouvert un cycle.

École. Voile. Niqab. Associations. Mosquées. Imams. Écoles confessionnelles. Subventions. Dissolutions. Fermetures administratives. Gels d’avoirs. « Séparatisme ». « Entrisme ». Abayas. Sport. Université. Accompagnatrices scolaires. Mineures. Espace public. À chaque séquence, une nouvelle frontière est discutée.

À chaque nouvelle frontière, la précédente finit par apparaître presque normale. C’est cette mécanique que ce rapport entend dévoiler avec comme point d'orgue, la loi de 2004.

Voilà pourquoi il est indispensable de revenir à 2004. Non parce que tout aurait commencé cette année-là, mais parce que la loi du 15 mars 2004 constitue un tournant majeur dans la manière dont la République française appréhende la manifestation des convictions religieuses de ses propres citoyens.

La loi du 15 mars dispose que, dans les écoles, collèges et lycées publics, « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Elle concerne juridiquement toutes les religions.

Il faut cependant se souvenir du contexte dans lequel elle fut débattue. La question du voile islamique occupait une place centrale dans la controverse politique et médiatique. Un rapport officiel de l'Éducation nationale relatif à la mise en œuvre de la loi citait explicitement parmi les signes concernés « le voile islamique ».

Pour l’UDMF, c’est là que se produit un basculement politique essentiel. La laïcité, historiquement conçue notamment autour de la neutralité de la puissance publique et de la liberté de conscience, devient dans ce contexte le fondement d’une restriction directement imposée aux élèves eux-mêmes.

Une jeune fille peut désormais se voir interdire l’accès à son établissement public si elle refuse de retirer son voile, une robe ou une juppe trop longue et, à chaque rentrée scolaire, nos établissements se transforment en système policier où les forces de l'ordre son immédiatement solliciter par les chefs d'établissements si une tenue serait un peu trop musulmane.

C’est pourquoi l’UDMF assume une proposition politique claire en demandant l'abrogation de cette loi.

PARTIE III : DE L’ÉCOLE À L’ESPACE PUBLIC, LA FRONTIÈRE SE DÉPLACE

Six ans après la loi de 2004 intervient la loi du 11 octobre 2010.

Cette fois, il ne s’agit plus de l’école mais dans l’espace public.

Cette fois encore, les femmes ciblées par les controles de polices, sont celles qui sont flaguées comme "musulmanes". Une femme occidentale qui dissimule son visage avec bandana et un masque chirurgical ne sera jamais inquiétée. Voici donc clairement le caractère islamophobe de cette nouvelle étape.

Au cours de la décennie suivante, un changement plus profond encore intervient. L’islam n'est plus seulement abordé dans le débat politique à travers la laïcité, le voile ou la visibilité religieuse mais à travers la sécurité, la radicalisation, le terrorisme et le séparatisme.

C'est dans ce contexte ultra sécuritaire, qu'intervient en 2021, un autre basculement. Sous Macron, la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République est voté.

La loi instaure notamment le contrat d’engagement républicain pour les associations musulmanes sollicitant certaines subventions ou certains agréments. C'est une mise sous tutuel du culte musulman. Cette loi renforce également les obligations et contrôles concernant les associations cultuelles.

Associations, cultes, éducation, instruction en famille, financements, services publics, contrôles administratifs, son champ est considérable.

Cette loi ne se focalise plus seulement sur l'interdiction vestimentaire des musulmans, mais met en place une accumulation d'instruments administratifs capables d'affecter profondément la vie d'une association, d'un établissement, d'un lieu de culte ou d'une personne.

Plus d'un quinquenat plus tard, les données sur les conséquences de cette lois doit nous interroger. Combien de fermetures ont été prononcées ? Combien ont été contestées ? Combien ont été confirmées par les juridictions ? Combien ont été suspendues ou annulées ? Combien d'associations ont été dissoutes ? Combien de décisions ont finalement été jugées insuffisamment fondées ? La puissance publique doit pouvoir rendre compte de l’usage qu’elle fait de pouvoirs aussi importants.

PARTIE IV : LE GEL DES AVOIRS

Trois mots administratifs qui peuvent sembler abstraits et qui ciblent exclusivement les acteurs de la communauté musulmane. Ils ne le sont absolument pas pour celui qui en fait l’objet. Le dispositif français permet, dans les conditions prévues par le Code monétaire et financier, de geler les fonds et ressources économiques d’une personne visée par une mesure nationale prise dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.

L'administration fiscale impose aux organismes financiers concernés de détecter les opérations au bénéfice ou à la demande d'une personne désignée afin d'en suspendre immédiatement l'exécution.

Imagine-t-on réellement ce que cela représente dans la vie quotidienne ? Payer son loyer. Faire ses courses. Assumer les dépenses de sa famille. Payer un avocat. Continuer à faire fonctionner une structure. Quand l’argent devient indisponible, toute la vie quotidienne peut être bouleversée.

PARTI V : UNE FRONTIÈRE QUI RECULE À CHAQUE NOUVELLE CONTROVERSE

Et pourtant, après 2004, 2010 et 2021, le débat ne s’arrête toujours pas. De nouvelles restrictions concernant notamment le voile dans le sport, les mineures, les accompagnatrices scolaires, l'université ou l'espace public continuent d'apparaître dans le débat politique.

où sera placée la prochaine frontière ? Hier l’école puis dans certaines professions avant d'arriver dans l'espace public.

Aujourd’hui le débat porte sur d’autres espaces ou catégories de personnes. Et demain ?

C'est cette dynamique que l'UDMF qualifie politiquement de mécanique d'extension. Chaque nouvelle controverse déplace le périmètre de ce qu'il devient envisageable d'interdire. Nous refusons cette logique.

Nous refusons qu'une femme musulmane soit condamnée à se demander, à chaque nouveau débat politique, dans quel nouvel espace sa tenue deviendra le prochain problème national.

Nous refusons surtout que la liberté soit progressivement inversée : que le citoyen doive constamment démontrer pourquoi il devrait être autorisé à exercer une liberté au lieu que l'État démontre pourquoi il serait indispensable de la restreindre.

CONCLUSION : VINGT ANS APRÈS 2004, QUELLE SOCIÉTÉ VOULONS-NOUS ?

Ce rapport a commencé par des chiffres. Il doit se terminer par une question politique

L'augmentation des actes antimusulmans constatée en 2025 et les signalements recueillis par les associations imposent de prendre au sérieux les violences et discriminations visant les musulmans.

Prises séparément, les séquences qui ont aboutis aux lois de 2004, de 2010, de 2021 ont chacune leur histoire, leur justification juridique, leurs défenseurs et leurs opposants. Mises bout à bout, elles conduisent l'UDMF à poser une question différente.

JUSQU’OÙ ?

Jusqu'où voulons-nous réglementer la manière dont une citoyenne s'habille ? Jusqu'où voulons-nous étendre les obligations de neutralité au-delà de l'État et de ses agents ? Jusqu'où pouvons-nous renforcer les pouvoirs administratifs sans renforcer simultanément les garanties offertes aux citoyens ? Jusqu'où peut-on laisser la visibilité d'une religion devenir un objet permanent de confrontation électorale ?

Notre positionnement tient en une phrase : " Un problème politique nécessite une réponse politique ! "